Histoire de l’association

La Boîte à Jouer est un des plus vieux théâtres de Bordeaux.

En 1987, c’est un local poussiéreux situé au nord du quartier des Chartrons, loin du centre, isolé, marginalisé. Laurent Guyot et Jean-Pierre Pacheco réhabilitent ce lieu, le soir après le travail. L’un est dessinateur industriel, l’autre éducateur. Ils passent leurs nuits à peindre, construire, réparer, rafistoler. A ce moment là, ils veulent utiliser ce local pour entreposer les décors de l’association de danse Kdanse créée par Laurent…

Le projet d’ouvrir un Théâtre naîtra peu à peu.

Quelques années plus tard, La Boîte à Jouer est devenu l’un des lieux les plus atypiques de la vie culturelle bordelaise : un lieu incontournable par lequel sont passées une grande partie des compagnies professionnelles régionales d’aujourd’hui. Le lieu s’est progressivement inscrit dans les instances professionnelles, telles que les GRAC/RIDA, le comité d’expert DRAC-Aquitaine, le DSU de Bordeaux…

porte vierge BaJ

La création du Collectif de Ressources Culturelles Bordonor a recentré le projet de l’association autour des publics. Dès 1990, La Boîte à Jouer établit des liens étroits avec le Centre Social Bordeaux-Nord et les structures associatives du quartier. Le contenu de la programmation et le fonctionnement de La Boîte sont trouvés fortement marqués par cette question devenue permanente :

pour qui proposons-nous des spectacles et comment faire venir les habitant-e-s, les personnes que l’on ne retrouve pas dans les publics habituels du spectacle vivant ?

La programmation que nous élaborons, théâtrale, musicale, clownesque est avant tout éclectique afin de convenir au plus grand nombre, et nous avons plaisir à la partager avec vous ! Du one man/woman show au théâtre d’objets et marionnettes, en passant par la comédie dramatique ou humouristique, nous aimons tout particulièrement soutenir la création et accueillir de nouveaux talents.

L’éthique de la maison : la passion.
Patience et confiance aussi. Et générosité, avant tout !

Les grands bouleversements !

En 2017, après 30 ans d’existence, l’association a vécu deux tournants majeurs : la fermeture du lieu pour les publics (commission de sécurité / le lieu a pu rouvrir pour l’accueil d’artistes en résidence) et le départ à la retraite de ses deux fondateurs-directeurs. Nouvelle équipe, nouveau projet : La Boîte à Jouer s’est réinventée !

Sa finalité reste identique : créer la rencontre entre les artistes, principalement de jeunes compagnies de spectacle vivant, et les publics aussi divers peuvent-ils être.

La culture est pour nous cet outil indispensable à l’émergence et à la consolidation d’une vie sociale bouillonnante et inventive, ainsi qu’à la réalisation de soi, et cela pour tous les individus, qu’ils soient nommés « artistes » ou « publics ». C’est avec cette conviction que nous avançons et que nous nous réinventons.

Pour tendre à ses objectifs, le Théâtre La Boîte à Jouer ancre son travail autour de plusieurs axes :

  • L’accompagnement de la production à la diffusion de jeunes compagnies

Nous soutenons 2 à 3 jeunes compagnies dans leur professionnalisation, pendant 1 ou 2 ans, en déployant plusieurs outils : rendez-vous et appels téléphoniques réguliers pour des conseils en production/communication/etc., l’orientation vers des partenaires, de nombreux temps de résidence pris en charge notamment dans les lycées/centres sociaux/etc. au plus près des publics, diffusion dans le cadre de nos saisons nomades et chez des partenaires, de nouvelles formes de médiation dès la production pour nourrir l’œuvre, la connecter aux réalités de notre monde et créer un lien avec les publics & partenaires (lectures de textes, soirées culturelles pour notamment expérimenter des éléments de l’œuvre, tests devant du public, etc.)…

Nous ne sommes plus en mesure d’apporter des billes financières dans la coproduction de ces pièces. Nous avons alors réinventé nos outils d’accompagnement. Nous initions progressivement de nouveaux rapports entre les programmateurs, les compagnies et les publics.

 

  • L’accès à la culture pour les personnes éloignées des offres de théâtre et pour la jeunesse

La Boîte à Jouer porte depuis plus de 20 ans une attention particulière aux publics éloignés des œuvres artistiques. Cette conviction a notamment pris force dans la création en 1998 du Collectif de Ressources Culturelles Bordonor qui met en réseau des structures sociales, éducatives et artistiques des quartiers nord de Bordeaux, afin de faciliter et favoriser l’accès à la culture. Ce travail de médiation de longue haleine permet d’accompagner des publics dits « fragilisés », par des sorties en groupe, une prise en charge d’une partie du billet d’entrée, la mise en place d’actions de sensibilisation, et bien d’autres choses encore.

Nous recevons souvent cette remarque : nos salles sont remplies de profils très divers ; la mixité sociale est omniprésente. Par exemple, pour la saison 2017-18, un tiers des entrées proviennent du travail que l’on mène au sein du Collectif. A cela, s’ajoute le travail de médiation propre à La Boîte à Jouer selon les thèmes abordés dans les spectacles, comme par exemple l’homosexualité, la place des femmes et des personnes d’origine étrangère.

D’autre part, nous portons un regard spécifique sur la Jeunesse. Depuis la reprise du lieu par la nouvelle équipe, nous avons amplifié nos projets à destination des enfants (actions culturelles dans les écoles et structures sociales & de loisirs ; une programmation régulière de spectacles pour les bébés et enfants…). Rien de tel que le spectacle vivant pour développer notre esprit critique et notre libre-arbitre. Les enfants se forgent un avis, aiguisent leurs goûts, apprennent à admirer, à détester, à se montrer compréhensifs… Grâce au théâtre, les enfants peuvent rattacher ce qu’ils voient à leur propre vie, à leurs questionnements personnels, à leurs expériences. Devant leurs yeux, se déroule une démonstration concrète de partage et d’efforts communs qui sont sources de plaisir ou de satisfaction.

 

  • Des projets culturels de territoire 

Pour tendre à nos fins, il nous faut inscrire dans le temps notre travail. Nos finalités sont vastes et ambitieuses, et nous devons engager de vraies relations pérennes avec les habitant-e-s.

Les habitant-e-s de certains quartiers rencontrent des problématiques socio-économiques lourdes qui les renferment sur leurs territoires de vie. Ces quartiers ne sont pas dits « prioritaires » pour rien ! La culture est définie sociologiquement comme ce qui « ce qui est commun à un groupe d’individus » et comme « ce qui le soude », c’est-à-dire ce qui est appris, transmis, produit et créé.

Nous travaillons actuellement avec des compagnies sur dans des quartiers, certains sont dits « prioritaires », d’autres pas. C’est ce que nous nommons des « projets de territoire » puisque l’idée est de mener un travail d’actions culturelles sur du moyen ou long terme auprès de plusieurs publics d’un même territoire. Nous prenons le temps avec le partenaire social ou éducatif et la compagnie de développer des projets adaptés et adaptables. Ainsi, les compagnies engagent de vraies relations avec leurs publics & nourrissent leur travail artistique, et les publics développent leur expression, leur créativité et leur relation à l’Autre. Cette exploration peut être thématique (ex : sur les femmes, l’immigration, l’alimentation…) et permettre des croisements avec d’autres pratiques professionnelles (ex : conférence, animations d’éducation populaire, ateliers cuisine…)

 

  • La diffusion d’œuvres de spectacle vivant, majoritairement de jeunes compagnies débutantes et émergentes, ainsi que d’œuvres contemporaines pour lesquelles l’accès aux salles de diffusion est un chemin de traverse (auteurs contemporains, genres non reconnus par les théâtres…)

Avant la fermeture du lieu, la base de notre association était d’être un espace de diffusion. Ce dernier est devenu un outil qui permet, avec d’autres, de tendre à des objectifs similaires. Nous travaillons prioritairement avec de jeunes compagnies dont nous avons envie de faire découvrir le talent. Notre lieu ne pouvant plus recevoir de publics, notre programmation est désormais nomade.

Dans les fondamentaux de La Boîte à Jouer, on retrouve une diffusion sur plusieurs représentations permettant ainsi au spectacle d’évoluer, de s’étoffer… Les publics interagissent avec ce qu’il leurs est donné à voir et le bouche à oreille se met en place. Les œuvres que nous diffusons sont éclectiques (théâtre, théâtre-musical, clown-théâtre, marionnette…), favorisant ainsi l’accès à la culture car nous pensons qu’ainsi un maximum de personnes peut trouver chaussure à son pied.

Notre programmation alterne entre des temps forts (forme festivalière qui bouillonne de propositions culturelles) et l’accompagnement à la diffusion de certaines équipes artistiques sur des séries de représentations sur plusieurs semaines.

 

  • L’accueil en résidence dans nos salles

Nos deux salles peuvent encore accueillir un nombre limité de personnes. Nous avons alors mis en place des accueils en résidence (temps de travail artistique : répétition, écriture…).

Trois catégories de résidence se déploient dans notre lieu :

– accueil simple, ouvert à toutes les compagnies

– accueil des spectacles de notre programmation

– accueil réguliers des compagnies que l’on accompagne de la production à la diffusion

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