En 2017 et après…

FERMETURE DU LIEU AUX PUBLICS

Suite à l’avis défavorable de la commission de sécurité de la ville de Bordeaux du mardi 31 janvier 2017, La Boîte à Jouer a été dans l’obligation d’interrompre sa programmation jusqu’à nouvel ordre. Les compagnies programmées de février à mai ont trouvé plusieurs dates et lieux de remplacement, non sans difficulté pour certaines. Et nous remercions toutes les personnes qui les ont soutenu et se sont déplacées ! Un merci particulier aux lieux d’accueil pour leur soutien de dernière minute.

Depuis plusieurs années, nous alertions nos partenaires financiers sur la nécessité d’envisager des travaux liés autant à la vétusté des locaux qu’au durcissement des normes de sécurité. Nous n’avons donc pas été étonné-e-s de cette décision, même si elle s’avère dans sa brutalité, douloureuse et lourde de conséquences. Elle n’en demeure pas moins légitime et nécessaire.

La première conséquence a été l’impossibilité d’accueillir le public et donc l’arrêt de la programmation. Nous avons tant bien que mal soutenu les artistes afin qu’ils/elles puissent trouver de nouveaux lieux de diffusion et bénéficier de notre appui en termes de communication, d’apports de publics, de prêt de matériel… Le théâtre ne peut donc plus vous recevoir mais ce n’est pas pour autant qu’il arrêtera de vous proposer des spectacles ! Une nouveau concept est né : « La Boîte à Jouer se fait la malle » => programmation de spectacles hors les murs, donc dans d’autres lieux.

La seconde conséquence est la fragilisation de toute une partie du travail de La Boîte à Jouer, qui n’est pas visible : l’accueil des artistes en résidence (moments de répétition/création). Ces compagnies sont accueillies pendant une ou plusieurs semaines dans notre salle de répétition ou sur le plateau, et peuvent ainsi travailler à créer leur spectacle. Cet accueil a dû également être interrompu, mais il a repris en mai 2017. Dorénavant, les deux espaces scéniques de La Boîte à Jouer sont dédiés aux résidences. Pour renforcer cet accueil et notre accompagnement des compagnies, le lieu accueille une nouvelle personne (en service civique) dans son équipe.

La troisième conséquence a été une accélération des négociations avec les institutions concernant à la fois les problèmes de financement des travaux liés aux normes de sécurité, mais aussi la pérennité du lieu : passation à la nouvelle équipe et recherche de solutions quant aux murs (ces murs appartenant à une personne privée qui est aussi notre mécène mais qui ne sera pas éternelle). Aucune solution de rachat et d’investissement pour des travaux n’a vu le jour. Nous sommes actuellement en discussion pour construire ou aménagé un nouveau lieu…

La quatrième conséquence a été la formidable mobilisation des publics. Des centaines de mails, sms, commentaires sur les réseaux sociaux nous sont parvenus et laissent augurer un fort soutien, si besoin était, dans les négociations et les projets futurs.

Nous gardons toutes vos marques de soutien sous le coude. Nous n’hésiterons pas à revenir vers vous si le besoin et la nécessité s’en font ressentir. Un grand merci à vous tous et à vous toutes !

 

PROGRAMMATION HORS LES MURS // SAISON 2017-2018

En janvier 2017, les locaux de La Boîte à Jouer ne sont plus accessibles aux publics. Ils permettent uniquement aux artistes d’y travailler en résidence longue, et c’est « hors les murs » que le théâtre continue son travail artistique et culturel, en attendant de nouveaux locaux.

Notre mission reste identique. Nous accompagnons à la diffusion des compagnies débutantes et émergentes régionales.

Dans les fondamentaux du théâtre, on retrouve une diffusion sur des séries de plusieurs représentations permettant ainsi au spectacle d’évoluer, de s’étoffer… On ne dit pas du spectacle vivant qu’il est « vivant » pour rien ! Les publics interagissent avec ce qu’il leurs est donné à voir et le bouche à oreille se met en place.

La Boîte à Jouer offre également depuis ses débuts un répertoire varié, permettant à chacun et à chacune de s’y retrouver au milieu du théâtre, de la marionnette, du théâtre-musical, de la danse, du clown-théâtre, du conte…

Ces deux marques de fabrique seront préservées. Certes, les séries de représentations ne pourront être aussi longues que pendant les trente années passées de La Boîte à Jouer (8 à 16 représentations) mais ce qui compte c’est que la compagnie puisse se poser durant plusieurs jours consécutifs dans un même endroit, prendre le temps et laisser les mots vagabonder d’une bouche à l’autre, de publics en publics.

Cette année, nous avons peu de création, autre marque de fabrique de La Boîte à Jouer. Ceci s’explique par le fait que nous ayons fermé et que notre programmation Hors les Murs ne suit pas les mêmes périodes. Les compagnies qui auraient dû créer leur spectacle chez nous, l’auront déjà créé avant d’arriver dans une série à nos côtés.

TEMPS FORTS ARTISTIQUES ET AMPLIFICATION CULTURELLE

Pour cette première saison Hors les Murs, l’envie de La Boîte à Jouer s’est portée sur la création de temps forts (type événementiel) regroupant dans une même temporalité ses propositions artistiques, et l’action culturelle qui en découle.

Quatre temps forts se sont dessinés : deux Tout Public et deux Jeune Public. Pour autant, nous ne souhaitons pas cliver adultes, enfants, familles, personnes âgées… C’est pourquoi nos temps forts Jeune Public (spectacles en journée) intègrent des spectacles Tout Public en soirées, et qu’à l’inverse nos temps forts Tout Public intègrent des propositions Jeune Public.

Au total, 16 compagnies, dont 7 Jeune Public, embarquent dans une histoire à construire ensemble. Concrètement, les compagnies pourront poser leur valise une semaine dans un seul lieu. Pour le Tout Public, cela correspond à environ 5 représentations. Le Jeune Public étant joué en journée, il bénéficie de plus de séances (entre 5 et 12 représentations mais avec un prix de billet moins cher, rappelons que les compagnies travaillent à la recette).

Le schéma que nous avons créé pour la saison 2017-2018 ne sera pas celui de la saison suivante. Nous avons été pris par le temps et faire une programmation jumelant les disponibilités des compagnies et les contraintes des lieux en fin d’année scolaire n’est pas chose aisée. Pour chaque lieu, une réflexion particulière s’opère afin que chacun et chacune puisse s’y retrouver et que financièrement l’opération soit viable.

Nous continuons avec les mêmes conditions financières : un partage des recettes à hauteur de 60% pour la compagnie (70% lorsqu’elle n’est pas en Gironde). Les 40% restant nous permettent de prendre en charge les droits d’auteur, l’accueil technique et, nous l’espérons, les frais du lieu d’accueil.

UN REGARD SPÉCIFIQUE SUR LE JEUNE PUBLIC

La Boîte à Jouer et le Jeune Public, c’est une longue histoire. Il y a une quinzaine d’années, l’équipe de La Boîte à Jouer se demande comment accueillir la population enfantine importante qui se situe sur son territoire. Il est vrai que le lieu s’y porte bien puisque les enfants se retrouvent en petite jauge et que la magie du spectacle vivant peut s’opérer en toute intimité. Ainsi, naissent « Les Semaines Grenadines » : une programmation d’une semaine par mois durant six mois, permettant à 3 ou 4 compagnies de proposer des créations tout fraîches et de les rôder durant la saison culturelle. Faute de moyens, cette programmation est arrêtée en 2009.

La Boîte à Jouer a continué à proposer occasionnellement des spectacles Jeune Public. Les moyens ne sont toujours pas là, mais la conviction et l’importance de travailler avec ce public a peu à peu (re)pris racine. La Boîte à Jouer a relancé cette programmation en 2015-16. Et l’histoire continue ! Le Théâtre expérimente, tente différentes formules entre le festival et la programmation à l’année.

Pour cette saison, le Théâtre portera deux temps forts de deux semaines chacun (1 semaine en temps scolaire et 1 pendant les vacances), sur les quartiers nord. De cet ancrage territorial, naît un alliage de propositions avec les partenaires sociaux, culturels, artistiques et scolaires de ces territoires.

Le choix du Grand Parc et de Bacalan (plan B : Bordeaux-Nord/Chartrons-Nord) n’est pas anodin. La Boîte à Jouer a toujours porté un ancrage fort au niveau des quartiers nord. Cette force a notamment pris racine à travers le travail de médiation du Collectif Bordonor, dont l’objet est bel et bien ce maillage d’acteurs sociaux et culturels. Nous souhaitons faire perdurer ces liens qui nous ont nourris pendant des années.

Nous souhaitons remobiliser et amplifier ce travail de réseau, trouver des alliés pour qui la culture est ce levier essentiel à une société et pour qui le travail en proximité prend tout son sens. Notre priorité pour le Jeune Public est de rester sur les quartiers nord, territoires au cœur de notre travail depuis 30 ans.

Nous avons également deux propositions artistiques Jeune Public qui sont en fil rouge de notre programmation Tout Public. Ces propositions nous amènent à aller encore plus loin dans notre réflexion « Hors les murs ». Et si ces spectacles étaient amenés directement dans les structures de jeunesse, les bibliothèques… au plus près des publics ! C’est notamment sur cette idée que nous embarquons notre fidèle allié, le Collectif de Ressources Culturelles Bordonor afin de proposer ces deux spectacles, tels des outils d’intervention en milieu scolaire, associatif et tout public, aux partenaires existants et créer de nouveaux partenariats.

Mais le soutien du Collectif Bordonor ne s’arrête évidemment pas là. Par exemple, nos deux temps forts Jeune Public se déployant sur les quartiers nord, c’est avec une certaine évidence que nous travaillons main dans la main. Ensemble, nous faisons en sorte qu’un spectacle n’arrive pas « sorti de nulle part / plaqué à cet endroit » mais qu’il soit accompagné en amont, et que l’action culturelle, si chère à La Boîte à Jouer, vienne faire levier et amplifier la programmation. Cette logique d’intervention est également celle qui nous porte pour notre programmation Tout Public.

LIEUX D’ACCUEIL ET COOPERATION

La Boîte à Jouer mène depuis plus de 20 ans, une réflexion avec le Centre Social Bordeaux-Nord et les acteurs du quartier où elle est implantée afin de mutualiser les moyens et les énergies existants. Cette synergie a notamment pris force dans la création du Collectif de Ressources Culturelles Bordonor, initiative proposée par la DRAC aux acteurs culturels et socioculturels du quartier afin de mettre en commun leurs moyens dans un projet culturel de territoire.

Comme la mutualisation ne se fait pas uniquement entre personnes du même monde professionnel (regroupement de lieux ou d’artistes, par exemple) mais avec des personnes physiques et morales s’alliant autour d’envies communes, il nous faut repenser ce que le théâtre peut être comme espace fondateur d’une identité commune.

C’est dans la complémentarité que La Boîte à Jouer travaille Hors les Murs, car c’est bien là qu’est sa façon d’être depuis ses débuts. Elle ne souhaite évidemment pas se superposer à une autre programmation et recherche des connivences avec des structures quelle qu’elles soient (lieux artistiques, centres d’animation…). Ces partenariats sont aussi variés que les choix artistiques de La Boîte à Jouer !

Que ce soit en appui à la mobilisation des publics pour une structure qui démarre ou qui se trouve face à des fragilités, que ce soit à travers des projets socioculturels co-portés avec le lieu d’accueil et la compagnie ou encore par un choix artistique en commun, La Boîte à Jouer ne cesse d’avancer, de (re)créer du lien, de la complémentarité là où chacun et chacune (nous y compris !) pourrait « le nez dans le guidon » rester sur son projet, dans ses murs.

Les lieux dans lesquels nous allons (ou aimerions) programmer nos spectacles ne sont pas tous équipés. Nous sommes en relation avec l’IDDAC pour un accompagnement technique. Et celle-ci aura forcément un coût supplémentaire.

Notre nomadisme temporaire nourrit pleinement notre future Boîte à Jouer. Il est se terrain d’expérimentation, de recherche, de déconstruction et reconstruction. De cet élan de soutien lié à notre fermeture, bon nombre de rencontres se sont opérées, des discussions en coin de table ou au téléphone, des rendez-vous formels. Notre nomadisme et notre démarche pour l’ouverture d’un nouveau lieu créent et alimentent de nouveaux partenariats, et nous mettent en réseau.

Le modèle que nous cherchons à créer pour la Nouvelle Boîte à Jouer associe des individus et des regroupements d’individus (associations, coopératives, institutions…) à une réflexion globale sur notre environnement. Notre environnement, tant territorial qu’en tant qu’objet culturel & artistique, est bel et bien notre intérêt commun, notre enjeu. La diversité des personnes physiques et morales ne peut être que bénéfique à un projet qui se trouve alors nourri d’une vision élargie de sa raison d’être.

Ce projet collectif devient un objet de bien commun qui se développe progressivement et prend racine durablement. Il se transmet et prend corps dans un ensemble, évitant les appropriations trop individualistes. Il favorise un développement durable de la filière artistique et culturelle de notre territoire.

L’ACCUEIL ET LA RENCONTRE

Nous mettons un point d’honneur à privilégier l’accueil des compagnies et des publics. Nous ne pourrons recréer la chaleur du lieu rue Lombard, mais nous pouvons mettre nos forces et notre conviction dans l’accueil des compagnies et cette médiation directe avec les publics. Les compagnies seront de fait fragilisées par ce nomadisme, par la découverte d’un nouveau lieu d’accueil temporaire, par les inconnus quant à la mobilisation des publics… Nous devons être d’autant plus à leurs côtés et les accompagner dans cette prise de risque.

Et pour les publics, c’est évidemment primordial d’être bien accueilli et de pouvoir partager un moment de respiration après la pièce. Car il est bien là le cœur du métier de La Boîte à Jouer : créer la rencontre entre publics, et entre les publics et les artistes.

La mise en relation et la rencontre entre artistes et publics, auteurs et artistes étaient et demeurent au cœur de notre envie et de notre travail. Nous suscitons des curiosités, créons des envies, des ressentis. La reconnaissance du public est la seule, à nos yeux, à être légitime, et le nomadisme nous questionne : va-t-on réussir à remobiliser notre public ? garder nos fidèles spectateurs/trices et toucher de nouvelles personnes ? les publics vont-ils s’y retrouver ?

PERSPECTIVES : DE LA RÉSIDENCE A LA DIFFUSION

En ce moment, nous menons une double réflexion : un projet dans nos murs sur les résidences et l’accompagnement des compagnies, et un projet de diffusion Hors les Murs.

Nous réfléchissons à allier les deux lors des prochaines saisons nomades. Nous souhaitons accompagner des équipes artistiques sur des créations. Cet accompagnement passera par une mise à disposition d’un plateau pour des résidences longues et régulières. Cette mise à disposition se fera à titre gracieux et les compagnies pourront bénéficier d’un espace dédié et équipé.

Cet accompagnement passera également par des rendez-vous avec les compagnies autour des démarches, de l’administratif, de l’identification du réseau professionnel, etc.

Nous travaillerons aussi sur les sorties de résidence, moments importants permettant aux artistes de montrer et tester leur travail. Le droit du travail nous autorise à accueillir un peu moins de 19 personnes dans l’établissement. Nous devons donc travailler avec la compagnie sur la composition d’un petit groupe, mêlant des programmateurs-trices (ex : théâtre, organisateur-trice-s de festival, etc.), des professionnel-le-s du milieu (ex : scénographe), des partenaires selon le projet (ex : professionnel-le-s de la petite enfance) et des personnes du public. Ces retours sont essentiels, et n’ont de sens et d’impact qu’à travers le tissage d’un groupe « sur mesure », bienveillant et aux regards pertinents.

Cet accompagnement s’adaptera évidemment à chaque projet et il pourra passer par la mise en place de plusieurs actions en fonction des envies et besoins : rencontre avec un public en particulier (ex : des enfants en classe), actions culturelles, test de scénettes dans les bibliothèques…

Cet accompagnement amènera la compagnie à être diffusée en série dans nos temps forts. Nous nous laissons également la possibilité de pouvoir programmer des compagnies émergentes régionales qui n’auront pas été accompagnées par nous. Nous souhaitons que ces séries soient plus longues et surtout plus étalées dans le temps.

Pour ce faire, nous réfléchissons à stabiliser nos temps forts dans un lieu unique, éphémère et non identifiés « artistiquement » par le réseau, afin de garder notre identité, de permettre aux compagnies de se poser sur une série longue, de simplifier le montage technique et l’installation, d’être plus facilement repérable par les publics, de focaliser la médiation et l’action culturelle, etc. Egalement, nous pouvons imaginer des temps forts thématiques ou par genre.

Le champ des possibles est ouvert.